La Catastrophe minière du 10 mars 1906

Pendant la période d’exploitation minière, les catastrophes ne sont malheureusement pas rares dans le Bassin minier. On en recense une en moyenne tous les 2 ans. Parmi elles, la plus meurtrière, la tristement célèbre, la catastrophe minière de Courrières en 1906.

La violence du choc

Lors de ces catastrophes, ce sont des milliers de vies qui basculent… Le choc se ressent depuis la surface. Les familles accourent aux portes de la fosse. Elles veulent savoir ce qui s’est passé, connaitre la gravité et surtout savoir où sont les leurs. Les compagnies ferment les accès rapidement pour éviter que le feu ne se propage. 

La catastrophe, des vies soufflées…

La Une du Petit Journal sur la catastrophe minière de Courrières

A 6h34, le samedi 10 mars 1906 un coup de poussier ravage 110 kilomètres de galeries. Ces galeries relient 3 fosses sur les territoires de Billy-Montigny, Méricourt et Sallaumines. Des centaines de mineurs sont soufflés par la violence de l’explosion, d’autres sont asphyxiés, d’autres encore ensevelis… Les survivants errent dans les galeries pour tenter de trouver une sortie, en vain.
Cette catastrophe fera plus de 1099 victimes, dont 242 galibots (des enfants de moins de 16 ans). C’est un chiffre officiel qui fait encore débat aujourd’hui.  
Les sauvetages s’organisent rapidement pour tenter de sauver ceux qui peuvent l’être, en passant par des fosses intactes. Des mineurs volontaires allemands arrivent même en renfort deux jours après. Ils sont équipés de masques à oxygène contrairement aux français. La solidarité des mineurs dépasse les frontières, alors qu’il semble ne plus y avoir d’espoir de retrouver des survivants.  
272 corps calcinés impossibles à identifier seront rassemblés dans une fosse commune appelée le Silo à Méricourt. Aujourd’hui un monument rend hommage à ces hommes.

La suite de la catastrophe minière

Les obsèques des mineurs qui ont perdu la vie ont lieu sous une tempête de neige…  
Les familles ont vécu des heures, voire des jours d’attente interminables. L’identification s’est faite sur une seule journée, une journée de pleurs, des pleurs parce que l’on vient d’identifier son mari, son fils ou son père, et des pleurs parce que l’absence permet un espoir.  

Après 20 jours dans le noir, le retour des survivants.

Le 30 mars, treize silhouettes apparaissent soudain à la sortie de la fosse 2 de Billy-Montigny. Noirs de poussière, amaigris, soutenus par les sauveteurs, ils émergent sous les cris d’une foule d’abord incrédule. Le jeune Anselme Pruvost, 16 ans, retrouve son père parmi les survivants. Leur mère s’effondre en les voyant : « J’ai bien brai pour ti », murmure le père, la voix tremblante.  

Le miracle se poursuit puisque, quatre jours plus tard, un quatorzième rescapé sort à son tour. Auguste Berthon a erré, prié, attendu. « Je croyais mourir cent fois. Quand j’ai vu une lampe, j’ai cru que je rêvais », racontera-t-il plus tard. 

Le retour des survivants bouleverse la région et ravive la colère. Beaucoup de mineurs et de familles estiment que les recherches ont été interrompues trop tôt. Les rescapés, devenus malgré eux symboles d’un drame national, témoignent et racontent « la nuit sans fin ».  

Le parcours des rescapés

Aujourd’hui, leur histoire ressurgit le long du Parcours des Rescapés, entre la nécropole de Méricourt et la fosse 2. Marcher sur ces pas, c’est mesurer l’incroyable ténacité de ces hommes, mais aussi la fragilité d’un monde qui a longtemps vécu au rythme des coups de grisou et des lampes à huile. Les quatorze rescapés de Courrières ne sont pas seulement des survivants : ils sont la mémoire vivante d’un bassin minier dont chaque terril rappelle la force des hommes du fond.