Poilus, l’histoire méconnue des chats et des chiens pendant la Grande Guerre

Au cœur de la boue des tranchées et du fracas des combats, une présence discrète accompagnait les soldats. Chiens fidèles, chats opportunistes sont devenus compagnons de réconfort. Ces animaux ont partagé le quotidien des combattants de la Première Guerre mondiale. Une exposition inédite au Centre d’Histoire du Mémorial 14-18 Notre-Dame-de-Lorette leur redonne aujourd’hui la place qu’ils méritent dans la mémoire collective.

Echange avec Eric Baratay

Et si la Grande Guerre se racontait à hauteur d’animal ? Eric Baratay , Membre senior de l’Institut Universitaire de France et conseiller scientifique de l’exposition (également surnommé « le biographe des animaux »), nous éclaire sur la relation homme-animal durant la Première Guerre Mondiale. 

Quand les animaux deviennent les compagnons des poilus.

L’histoire de la Grande Guerre est souvent racontée à travers le destin des hommes. Pourtant, des milliers d’animaux ont également vécu le conflit. Certains étaient mobilisés officiellement pour des missions militaires, tandis que d’autres se sont imposés naturellement dans le quotidien des soldats.

Dans les tranchées, les chiens remplissaient parfois des fonctions essentielles : transmission de messages, surveillance ou recherche de blessés. D’autres étaient simplement adoptés par les régiments, devenant des mascottes ou des compagnons précieux dans un environnement marqué par la peur et l’incertitude.

Les chats, eux, étaient attirés par l’abondance de nourriture et la présence des rongeurs. Très vite, une relation mutuellement bénéfique s’est installée. Les soldats leur offraient protection et nourriture. En retour, ces animaux apportaient une présence rassurante au milieu du chaos.

Une relation homme-animal essentielle au front

Pour l’historien Éric Baratay, la relation entre les soldats et les animaux allait bien au-delà de la simple cohabitation.

Un réconfort psychologique indispensable

Dans un contexte de violence permanente, les animaux représentaient une parenthèse d’humanité. Caresser un chien, nourrir un chat ou simplement observer leurs comportements offrait aux combattants un moyen d’échapper quelques instants à la réalité de la guerre.

Cette proximité contribuait à préserver l’équilibre psychologique des soldats. Nombreux sont ceux qui témoignent dans leurs lettres ou leurs carnets de l’attachement profond développé envers ces compagnons à quatre pattes.

Des sensibilités différentes selon les armées

Le rapport aux animaux variait considérablement d’un pays à l’autre. Certaines armées faisaient preuve d’une attention particulière à leur bien-être, tandis que d’autres accordaient moins d’importance à leur condition.

Les différences culturelles pouvaient même s’observer à l’intérieur d’un même pays. Les témoignages de l’époque révèlent ainsi des pratiques parfois très contrastées selon l’origine géographique des régiments.

Pourquoi leur histoire a-t-elle été oubliée ?

À l’issue du conflit, la priorité était à la reconstruction. Les survivants cherchaient à reprendre une vie normale après des années de souffrance.

Dans ce contexte, le rôle des animaux est rapidement passé au second plan. Bien que de nombreux soldats aient exprimé leur gratitude envers ces compagnons de guerre, peu d’initiatives ont vu le jour pour honorer leur mémoire.

Pendant plusieurs décennies, ce chapitre de l’histoire est resté largement méconnu du grand public.

Un sujet qui résonne particulièrement aujourd’hui

Si l’intérêt pour les animaux de guerre connaît un nouvel essor, c’est aussi parce que notre regard sur les animaux a profondément évolué.

Les photographies montrant des soldats entourés de chiens ou de chats nous touchent instantanément. Elles créent un lien émotionnel avec le passé et rappellent que même dans les circonstances les plus extrêmes, le besoin d’attachement et de compassion demeure.

Ces images résonnent encore fortement à notre époque, où les conflits contemporains montrent régulièrement la place essentielle que les animaux occupent auprès des populations confrontées à la guerre.

Une exposition originale à découvrir à Notre-Dame-de-Lorette

L’exposition « Poilus : Histoire des chats et chiens pendant la Grande Guerre » propose une immersion sensible dans cet aspect méconnu du premier conflit mondial.

Grâce à des photographies d’archives, des témoignages de soldats et des documents historiques rares, le parcours met en lumière le destin parfois héroïque, parfois tragique, de ces compagnons de guerre.

Une occasion unique de découvrir la Première Guerre mondiale sous un angle inédit, à hauteur d’animal.

En pratique

Dates : du 26 septembre 2026 au 3 janvier 2027

Lieu : Centre d’Histoire du Mémorial 14-18 Notre-Dame-de-Lorette, Souchez
102 rue Pasteur à Souchez
03 21 74 83 15 – contact@memorial1418.com
Entrée libre
Horaires : du mercredi au vendredi de 10h à 13h et de 14h à 18h et le week-end de 11h à 13h et de 14h à 18h.
Du 11 novembre 2026 au 3 janvier 2027 : du mercredi au dimanche de 13h à 17h.
À découvrir :
  • Photographies d’archives inédites
  • Témoignages de soldats
  • Récits d’animaux de guerre
  • Regards d’historiens spécialistes de la relation homme-animal

En partenariat avec l’ECPAD et Arte.

L’exposition « Poilus : Histoire des chats et chiens de la Grande Guerre » entre en résonnance avec Trop Mignon ! L’art du bonheur, présentée au Louvre-Lens. Elle développe le sujet  » Le Mignon va-t’en guerre », abordé dans l’exposition du Louvre-Lens.